Fisheries Oceanography Lab à l’Université Dalhousie

En 1999, le Fisheries Oceanography Lab du département d’océanographie de l’Université Dalhousie a commencé à s’intéresser aux dangers qui menaçent la baleine noire de l’Atlantique Nord. Les études du Dr Christopher Taggart, de ses collègues, et de ses étudiants gradués, couvrent cinq domaines de recherche différents : la communication, l’alimentation, les collisions et les probabilités de rencontres entre les baleines et les navires ou du matériel de pêche.

Communication


Spectrogramme montrant l’un des sons,
nommé upsweep, émis par la baleine
noire. Le son est d’une durée d’environ
une demi-seconde avec une fréquence
maximum moyenne près de 459 Hz.
Le Fisheries Oceanography Lab a débuté ses recherches sur la baleine noire avec le Dr Alexander Hay, Angelina Vanderlaan, Marjo Laurinolli ainsi que Francine Desharnais, une collaboratrice de la Recherche et développement pour la défense Canada. Leur étude portait sur la communication acoustique et avait pour objectif de développer un système pour localiser, en temps réel, les baleines noires dans la baie de Fundy. Cette étude a démontré que les sons produits par les baleines noires sont détectables, qu’ils ont des caractéristiques distinctives pouvant être mesurées et que la localisation acoustique des baleines noires dans la baie de Fundy est possible 1, 2, 3.

Collisions avec les navires

Plus récemment, l’équipe du Dr Taggart a conduit une étude dans le but de déterminer la probabilité que la collision entre des navires voyageant à différentes vitesses et certaines espèces de baleines soit fatale pour l’animal. Les résultats montrent que les baleines noires semblent plus susceptibles d’être frappées par les navires que les autres espèces. De plus, la collision avec un navire se déplaçant à une vitesse de plus de 28 km/h (15 nœuds) tuera probablement la baleine. Par contre, à une vitesse de 15 km/h (8 nœuds) ou moins, les probabilités pour la baleine de mourir suite à la collision chutent à 20 % ou moins 4. Les autorités de plusieurs pays envisagent présentement de limiter la vitesse des navires dans leurs eaux territoriales. Cette étude sera utile pour évaluer l’efficacité de ces mesures sur le rétablissement des espèces de grands mammifères marins.

Ce graphique illustre les probabilités pour certaines espèces de baleines de mourir après une collision avec des navires naviguant à différentes vitesses. Lorsque le navire se déplace à une vitesse de 28 km/h (15 nœuds) ou plus, les probabilités pour une baleine de mourir à la suite de la collision sont de 80 % à 100 %. À une vitesse de 22 km/h (12 nœuds), elle est de 50 %. À moins de 15 km/h (8 nœuds), elle diminue sous 20 % et approche 0 % près de 3.7 km/h (2 nœuds).

Probabilité de rencontres entre les navires et les baleines

Depuis quelques années, les chercheurs de l’Université Dalhousie conduisent des analyses afin d’évaluer les probabilités de rencontres entre les navires et les baleines noires dans les aires d’alimentation comme la baie de Fundy et le bassin Roseway. Leurs résultats pour la baie de Fundy ont contribué à la relocalisation du trafic en montrant qu’un déplacement vers l’est de la voie de circulation sortante réduirait la probabilité de collision de 80%.

Cette carte de la baie de Fundy montre que les probabilités de rencontres entre les navires et les baleines noires sont plus élevées (rouge) dans l’ancienne voie de circulation (ligne pointillée rouge) que dans la voie modifiée (ligne verte). Le rectangle pointillé noir au centre encadre l’aire de conservation du bassin Grand Manan.

Des analyses similaires ont été complétées récemment dans l’aire de conservation du bassin Roseway. Les résultats ont contribué à déterminer les limites d’une aire à éviter (ATBA) par les navires. Cette ATBA est présentement considérée par la communauté maritime internationale et, si la proposition est acceptée, les navires seront encouragés à contourner cette région. Par conséquent, les probabilités de collisions entre les navires et les baleines noires seront réduites significativement.

Le Fisheries Oceanography Lab collabore maintenant avec des chercheurs aux États-Unis, dont l’Université du Delaware, afin d’utiliser ces analyses le long de la côte américaine.

Cette carte montre l’intensité du trafic maritime près de l’aire de conservation du bassin Roseway (rectangle pointillé rouge). Trois à six fois plus de navires naviguent au nord de l’aire de conservation qu’à l’intérieur de cette dernière. Par conséquent, l’ATBA (polygone rouge) montré sur cette carte affecterait en moyenne 16 et 30 % des navires et ne causerait pas de déviations majeures dans leurs voyages sur la plate-forme néo-écossaise.

Probabilité de rencontres avec le matériel de pêche

En utilisant des calculs mathématiques semblables à ceux des études de probabilités de rencontres avec les navires, l’équipe du Dr Taggart et les chercheurs de la Station biologique de Pêches et Océans Canada à St. Andrews tentent présentement d’estimer les probabilités de rencontres entre les baleines noires et les filets et les lignes de pêche dans les aires migratoires et d’alimentation. Ces analyses pourront aider à modifier certaines méthodes de gestion des pêches pour réduire son impact sur l’espèce.

Cette carte bathymétrique de la région de la plate-forme néo-écossaise, de la baie de Fundy et du golfe du Maine illustre le matériel de pêche fixe (pêche aux filets maillants, à l’hameçon et avec des casiers) entre 1999-2005. Les rectangles rouges montrent les aires de conservation. Plusieurs baleines noires se déplacent entre les deux aires durant la même saison.

Alimentation

Durant la période estivale et automnale, jusqu’au deux tiers de la population de la baleine noire de l’Atlantique Nord fréquente l’aire de conservation du bassin Grand Manan à la recherche de nourriture, soit le copépode Calanus finmarchicus. Sous la direction du Dr Josée Michaud, les chercheurs du Fisheries Oceanography Lab ont déterminé les variations spatiales et temporelles de la distribution de Calanus finmarchicus et de son contenu énergétique. Cette étude permet d’expliquer certains des changements dans la santé et la reproduction des baleines noires ainsi que dans la capacité de la baie de Fundy à nourrir ces dernières. Les résultats montrent que la nourriture est plus abondante dans le bassin Grand Manan durant la fin de l’été, ce qui correspond à la période où les baleines noires sont plus nombreuses. Même si les variations de Calanus finmarchicus sont élevées, la baie de Fundy peut soutenir la demande énergétique d’un maximum de 200 baleines noires pour une période de 95 jours 5.

Avec la collaboration des chercheurs de la Station biologique à St. Andrews, l’équipe de l’Université Dalhousie envisage de conduire une étude similaire pour le bassin Roseway, la seconde aire d’alimentation présentement connue pour la baleine noire dans les eaux canadiennes.


Ce graphique montre le nombre de baleines noires, la quantité de nourriture, et son apport énergétique total dans le bassin Grand Manan. Les baleines noires occupent le bassin en fonction de la quantité de nourriture disponible.
*Le Dr Christopher Taggart, ses collègues ainsi que ses étudiants à l’Université Dalhousie souhaitent souligner le soutien de plusieurs agences de financement pour leurs généreuses contributions : le Canadian Whale Institute, le Programme d’intendance de l’habitat pour les espèces en péril du gouvernement du Canada, le NOAA Fisheries Service, le Fonds de rétablissement des espèces en péril, Pêches et Océans Canada et le Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie du Canada. Ils tiennent aussi à remercier le North Atlantic Right Whale Consortium, particulièrement les chercheurs du New England Aquarium pour leur appui sur le terrain et le partage de leurs précieuses données d’inventaire de baleines noires de l’Atlantique Nord.



1 Desharnais, F., A. Vanderlaan, C. Taggart, M. Hazen et A. Hay. 1999. Preliminary results on the acoustic characterization of the Northern right whale. Journal of the Acoustical Society of America 106:2163. (anglais)

2 Laurinolli, M. H, A. E. Hay, F. Desharnais et C. T. Taggart. 2003. Localization of North Atlantic right whale sounds in the Bay of Fundy using a sonobuoy array. Marine Mammal Science 19:708–723. (anglais)

3 Vanderlaan, A. S. M., A. E. Hay, et C. T. Taggart. 2003. Characterisation of North Atlantic right whale (Eubalaena glacialis) sounds in the Bay of Fundy. IEEE Journal of Oceanic Engineering 28:164-173. (anglais)

4 Vanderlaan, A. S. M. et C. T. Taggart. 2007. Vessel collisions with whales: the probability of lethal injury based on vessel speed. Marine Mammal Science 23:144–156. (anglais)

5 Michaud, J. et C. T. Taggart. 2007. Lipid and gross energy content of North Atlantic right whale food, Calanus finmarchicus, in the Bay of Fundy. Endangered Species Research 3:77-94. (anglais) [pdf]

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