Migration
Les baleines noires de l’Atlantique Nord sont des animaux migrateurs. Elles retournent annuellement dans certaines régions pour se nourrir et se reproduire. Avec l’aide de la photo-identification, les chercheurs sont en mesure d’esquisser une partie de cette migration. Par exemple, chaque année, plusieurs baleines noires quittent les eaux nordiques où la nourriture est abondante pour la côte du sud-est des États-Unis. Ce voyage de 2250 km jusqu’aux eaux tièdes et peu profondes de la Floride et de la Georgie serait entrepris par ces baleines noires afin de fournir un habitat plus approprié à leurs baleineaux. En effet, la plupart des baleines observées dans cette région sont des femelles enceintes, des mères avec leurs baleineaux et de jeunes baleines. Même si le chemin parcouru durant la migration est différent pour chacune, les données provenant d’émetteurs satellites attachés sur les baleines suggèrent que plusieurs d’entre elles voyagent à moins de 50 km de la côte.

Répartition actuelle et route migratoire de la baleine noire de l’Atlantique Nord le long de la côte du Canada et des États-Unis.
Les déplacements de la baleine noire sont de mieux en mieux compris mais de nombreux mystères persistent toujours. Habituellement, vers la fin de l’hiver, les baleines noires quittent l’unique aire de mise bas connue à ce jour et qui se situe dans le sud-est des États-Unis. Elles remontent vers le chenal Great South et la baie de Cape Cod, deux aires d’alimentation printanières. Plusieurs relevés d’inventaire sont conduits durant l’hiver et bien qu’un certain nombre de baleines noires soient observées, l’aire d’hivernage de la majorité de la population demeure inconnue. Durant l’été et l’automne, la baleine noire migre vers les eaux canadiennes, principalement vers la baie de Fundy et le bassin Roseway. Malgré tout, une portion de la population ne fréquente pas ces régions, incluant près d’un tiers des femelles ayant eu un baleineau durant l’année. Il est possible que d’autres pouponnières que celle de la baie de Fundy existent ou que ces baleines noires se déplacent constamment d’une région à l’autre. Parmi les options possibles pour une deuxième pouponnière, on peut envisager les eaux de la plate-forme néo-écossaise et celles du golfe du Saint-Laurent près de la péninsule gaspésienne.

Hidalgo dans la mer d’Irminger au sud-ouest
de l’Islande.
Durant le mois d’octobre, la plupart des baleines noires quittent les eaux canadiennes, bien que des observations soient occasionnellement rapportées jusqu’à la fin de décembre.
En plus des régions mentionnées, quelques baleines noires, dont des femelles reproductives, ont été observées à l’est des Grand Bancs, sur le cap Farewell Ground - une région au sud-est du Groenland - ainsi que dans les eaux à l’ouest de l’Islande. Les efforts de recherche dans ces régions sont sporadiques car il est techniquement difficile et très coûteux de conduire des relevés d’inventaire dans des endroits aussi lointains. Habituellement, les chercheurs préfèrent conduire leurs études dans des régions où les probabilités d’observer plusieurs baleines noires sont plus élevées.

Le voilier Sedna IV à la recherche de baleines
noires sur le cap Farewell Ground.
En juillet 2003, le New England Aquarium s’est joint à Jean Lemire et à la compagnie de production Glacialis Productions afin de partir à la recherche de baleines noires près du cap Farewell Ground 1. Après deux semaines à scruter l’horizon à partir du pont du voilier de 51 m Sedna IV, une baleine noire a finalement été repérée par Marilyn Marx et Moira Brown. La baleine, nommée Hidalgo par la suite, n’avait jamais été photographiée auparavant et a été la seule baleine noire trouvée durant l’expédition. Le mystère persiste toujours à savoir si Hidalgo était seule ou avec d’autres baleines qui auraient échappé au regard vigilant des observateurs.

1 Mission baleines franches: les survivants de l’histoire. 2005. Réalisation par Jean Lemire et Caroline Underwood. Produit par Jean Lemire. Copyright Glacialis Productions Inc.