Reproduction
Bien que l’aire de reproduction de la baleine noire de l’Atlantique Nord soit toujours inconnue, les chercheurs croient que les baleines s’accouplent en hiver durant des parades nuptiales nommées « groupes actifs en surface » (SAGs). Il s’agit d’un comportement propre à la baleine noire où plusieurs individus se regroupent et interagissent entre eux. Des SAGs sont observés au printemps, en été et en automne dans la plupart des aires d’alimentation. Cependant, il est peu probable que ces derniers résultent en la conception de baleineaux car les femelles accouchent entre décembre et mars après une période de gestation de 12 à 13 mois 1. L’accouplement doit donc avoir lieu entre novembre et février dans un endroit qui reste encore à découvrir. Le cycle de reproduction des femelles baleines noires est de 3 ans : une année de gestation, une année à materner le baleineau et, finalement, une année de repos afin de refaire leurs réserves énergétiques. Par contre, pour des raisons inconnues, l’intervalle entre les naissances chez la baleine noire de l’Atlantique Nord varie de 3,67 ans 2 à plus de 5 ans 3 et il est plus élevé que celui de leur proche cousine, la baleine noire australe, dont l’intervalle est de 3,1 ans.

Vue aérienne d’une mère avec son baleineau dans
l’aire de mise bas du sud-est des États-Unis.
Les SAGs observés dans les aires d’alimentation peuvent demeurer actifs plus de 6 heures et comprendre jusqu’à 40 baleines dont seulement une ou deux sont des femelles 4. Les chercheurs croient que ces groupes sont initiés par les femelles dont les appels attirent les mâles 5. Par la suite, les femelles rendent l’accouplement difficile en nageant sur le dos ou en s’éloignant du groupe. De leur côté, les mâles se poussent et se bousculent entre eux pour s’approcher d’elles. Quand la femelle roule sur le ventre pour respirer, un male tentera de s’accoupler. Étant donné que plusieurs copulations sont observées durant les SAGs, il est possible que la compétition par le sperme joue un rôle dans la reproduction de la baleine noire 6. La grosseur des testicules et la longueur du pénis des mâles adultes supportent cette théorie : pesant plus de 800 kg, leurs testicules sont les plus grosses au monde et leurs pénis est l’un des plus longs, mesurant jusqu’à 3 m 7. Des études génétiques ont démontrées que, durant leur vie reproductive, les femelles ont des partenaires différents.

Chercheurs à bord du R/V Nereid dans la baie de Fundy observant un groupe (SAG) de plus de 45 baleines différentes.

Ce baleineau de 8 mois a été observé dans
la pouponnière de la baie de Fundy après une
migration de 2250 km qui a débutée dans le
sud-est des États-Unis.
Les nouveaux-nés de la baleine noire, comme chez les autres cétacés, naissent la queue la première. À la naissance, ils mesurent de 4 à 5 m et pèsent entre 700 et 1000 kg. Durant la première année, ils se nourrissent du lait qu’ils extraient en tétant deux mamelons, cachés dans des replis du ventre de leur mère. En un peu plus d’un mois, les baleineaux engraissent de 900 kg. Ils sont habituellement sevrés après 10 à 12 mois mais certains restent avec leur mère jusqu’à 17 mois 8. Après le sevrage, ils mesurent 10 m et pèsent plus de 12 000 kg. En moyenne, les femelles ont leur premier baleineau à l’âge de 10 ans. Chez les mâles, la maturité sexuelle se situe à peu près au même âge ou plus tôt que les femelles mais des analyses de paternité suggèrent que la compétition durant l’accouplement prévient les jeunes mâles de se reproduire avant l’âge de 15 ans.

Ce nouveau-né s’est échoué pour une raison
inconnue sur une plage de la Floride. Comme pour
les autres mammifères, les mortalités sont plus
élevées chez les jeunes baleines que chez les
adultes.
Malgré la mise en oeuvre de plusieurs mesures de protection depuis 1935, la population de la baleine noire de l’Atlantique Nord demeure stable 9, 10. Au début des années 80, la croissance de la population était de 2,5% par année 11 mais, vers la fin des années 90, elle a chuté à –2% 12. En comparaison, la population de la baleine noire australe, l’espèce de baleine noire vivant dans l’hémisphère sud, augmente de 5 à 7% par année 13. Plusieurs des raisons expliquant la faible croissance de la population de baleine noire de l’Atlantique Nord restent inconnues mais certaines pourraient être reliées aux nombreuses mortalités causées par les activités humaines, à une faible variation génétique, aux maladies, aux biotoxines, aux polluants, ainsi qu’aux changements climatiques et océanographiques réduisant la production de zooplancton.

1 Best, P. B. 1994. Seasonality of reproduction and the length of gestation in southern right whales, Eubalaena australis. Journal of Zoology 232:175-189. (anglais)
2, 11 Knowlton, A. R., S. D. Kraus, et R. D. Kenney. 1994. Reproduction in North Atlantic right whales (Eubalaena glacialis). Canadian Journal of Zoology 72:1297-1305. (anglais)
3 Kraus, S. D., P. K. Hamilton, R. D. Kenney, A. R. Knowlton, et C. K. Slay. 2001. Status and trends in reproduction of the North Atlantic right whale. Journal of Cetacean Research and Management Special Issue 2:231-236. (anglais)
4 Kraus, S. D., et J. J. Hatch. 2001. Mating strategies in the North Atlantic right whale (Eubalaena glacialis). Journal of Cetacean Research and Management Special Issue 2:237-244. (anglais)
5 Parks, S. E. 2003. Response of North Atlantic right whales (Eubalaena glacialis) to playback of calls recorded from surface active groups in both the North and South Atlantic. Marine Mammal Science 19:563-580. (anglais)
6, 7 Brownell, R. L., et K. Ralls. 1986. Potential for sperm competition in baleen whales. Pages 97-112 dans G. Donovan, Behavior of Whales in Relation to Management. International Whaling Commission, Cambridge, UK. (anglais)
8 Hamilton, P. K., M. K. Marx, et S. D. Kraus. 1995. Weaning in North Atlantic right whales. Marine Mammal Science 11(3):386-390. (anglais)
9 Caswell, H., M. Fujiwara, et S. Brault. 1999. Declining survival probability threatens the North Atlantic right whale. Proceedings of the National Academy of Sciences 96:3308-3313. (anglais)
10 Fujiwara, M., et H. Caswell. 2001. Demography of the endangered North Atlantic right whale. Nature 414:537-541. (anglais)
12 IWC. 2001b. Report on the workshop on status and trends of western North Atlantic right whales. Pages 61-87 dans P. B. Best, J. L. Bannister, R. L. Brownell, and G. P. Donovan, Right Whales: Worldwide Status. International Whaling Commission, Cambridge, UK. (anglais)
13 IWC. 2001a. Report on the workshop on the comprehensive assessment of right whales. Pages 1-60 dans P.B. Best, J.L. Banister, R.L. Brownell, and G.P. Donovan, Right Whales: Worldwide Status. International Whaling Commission, Cambridge, UK. (anglais)